Aborder les séances parents-bébé en IMP

Au-delà des techniques…quelques notions pour aborder les séances parent(s)/ bébé en tant qu’accompagnant·e en IMP

Par Ludivine Baubry

Même si l’accompagnant en IMP n’est pas un spécialiste du développement psychomoteur de l’enfant, connaître les grandes étapes du développement réflexe du bébé vous permettra au-delà du « travail » de remodelage effectué auprès du bébé lui-même, d’accompagner et de soutenir ses parents. Les séances parent(s)/bébé feront appel à l’expertise des réflexes primitifs que vous avez acquise lors des formations en IMP, aux compétences dont vous disposez en tant que professionnel médical ou para-médical ou de la relation d’aide, mais ce type de public requiert également de votre part une attention toute particulière envers les parents et la dynamique familiale. En effet, les parents et le bébé vivent une sorte de symbiose, surtout les premiers mois de vie du bébé, ce qui ne nous permet pas d’isoler le bébé dans son fonctionnement ou de focaliser sur ce qui serait une « problématique » appartenant à lui seul. Savoir-faire et savoir-être vont se mélanger comme toujours, pour évoluer dans un accompagnement où la confiance et le respect des places de chacun vont faire évoluer la situation. Quel que soit le motif du rendez-vous (développement moteur/cognitif, sommeil, succion, pleurs, anxiété…), il faut nous préparer à intervenir peu mais plutôt à observer, écouter, décrire le positif, transmettre de l’information adaptée à la demande des parents. Je dirais qu’une séance parents/bébé comporte au moins autant (souvent plus) d’échange verbal et d’observations autour du bébé qu’autour des « remodelages » de réflexes. Le professionnel en IMP peut être amené à:

  • conforter et valoriser les parents sur leurs compétences (tout en commençant par adopter vous-même une posture qui ne leur permet pas d’en douter !) et donc les accompagner à trouver leurs propres solutions en faisant appel à leur sens pratique et la leur créativité,
  • transmettre des informations sur le rythme et les besoins des bébés (continuité nutritionnelle, rythme de sommeil, besoin de proximité, de toucher, de sécurité…),
  • passer du temps à observer avec eux les compétences de leur bébé (invitations au contact, à la tétée, enroulement, redressement, agrippement, observation des réflexes en action…),
  • donner des repères et de l’information quant aux grandes étapes de développement moteur du bébé (notamment celles qui conduisent à la marche), tout en les rassurant sur le fait que chaque bébé évolue à son propre rythme,
  • donner des informations sur l’aspect préventif de la bonne intégration des réflexes (motricité libre, allaitement maternel, manipulation, portage, chaussures, sécurité émotionnelle…),
  • transmettre des outils pratiques pour renforcer la sécurité émotionnelle de leur bébé (en lien avec les réflexes, accueil des émotions du bébé…) et leur permettre de guider leur enfant au quotidien de manière appropriée,
  • prendre le temps de bien montrer les activités d’IMP à pratiquer avec leur bébé à la maison s’il y en a, car ayons bien à l’esprit que ce sont les parents qui mettront en place la plus grande partie du « travail »,
  • leur permettre d’accéder à des ressources extérieures (lectures, témoignages voire mise en lien avec d’autres parents, associations…) et les renvoyer vers d’autres professionnels si besoin (ostéopathes, kiné, médecin, sage-femme, consultante en lactation…),
  • accueillir l’imprévu car parfois, le bébé n’est pas disponible au moment du rendez-vous. Vous pouvez dans ce cas pratiquer avec (sur) les parents l’intégration des réflexes (mon expérience me montre que cela s’avère tout aussi intéressant et bien reçu par les familles!).
  • rappeler si besoin que nous nous situons dans une approche éducative qui ne nous permet pas d’établir de diagnostic quant à la santé de l’enfant ou de donner des avis sur des diagnostics déjà posés.
  • vous permettre d’intervenir et de signaler votre désaccord si vous êtes témoin de conduites ou comportements qui mettraient en danger physique ou émotionnel l’enfant. Encourager les parents à remettre leurs pratiques en question dans ce cas en leur fournissant l’accompagnement nécessaire pour le faire ou en les redirigeant. Leur signifier que leur enfant ne pourra profiter des séances (et sortir de motricité réflexe si c’est cela que vous travaillez) s’il vit dans un contexte familial stressant ou maltraitant.

Accompagner les familles c’est aussi, si besoin, encourager des remises en question plus personnelles et profondes de la part des parents, toujours dans l’intérêt du développement harmonieux de leur enfant. Sans jouer les « psys » (à moins que vous le soyez !) permettons-nous, si nous nous en sentons à l’aise, de leur offrir l’espace pour :

  • exprimer leurs émotions parfois douloureuses ou ambivalentes face à leur nouveau statut de parent, leurs doutes, leurs inquiétudes, leurs désaccords et conflits éventuels au sein du couple…en créant un espace de bienveillance, d’écoute et de non-jugement,
  • réinterroger leur propre histoire et les croyances qui les empêchent d’adopter un mode de « parentage » qui leur correspond et dans lequel ils peuvent s’épanouir (éducation qu’ils ont eux-mêmes reçue, idées véhiculées dans les médias sur ce que serait ou pas un « bon » parent, s’entourer de personnes bienveillantes par rapport à leurs choix éducatifs…),
  • revisiter le contexte de la conception de leur enfant, la période de la grossesse, leur vécu de la naissance, et de tout autre élément qui viendrait peut-être teinter leur vécu émotionnel en tant que jeunes parents,
  • prendre conscience des injonctions en termes d’éducation ou de choix autour de la parentalité, souvent contradictoires, que les parents reçoivent de l’extérieur, qui les empêchent d’écouter leur cœur et leur intuition afin d’être les parents qu’ils ont envie d’être,
  • s’interroger sur les valeurs éducatives prioritaires qu’ils souhaitent transmettre à leur enfant,
  • prendre en compte leurs propres besoins d’homme et de femme ainsi que de couple, car ils ne sont pas que des parents,
  • être reçus eux-mêmes en séance individuelle, en plus ou à la place des séances avec leur enfant, pour aborder leurs objectifs personnels en lien ou pas avec leur parentalité (ce qui a très souvent des répercussions positives sur le bébé). Proposez cette possibilité si vous sentez que votre accompagnement en IMP serait plus pertinent et profitable auprès du parent que du bébé lui-même.

Personnellement, il me semble important de replacer le parent comme le seul spécialiste de son enfant autant que nécessaire. D’une part parce que la période post-natale pour les parents peut les rendre vulnérables aux remarques extérieures, que la construction de la parentalité peut être aussi facilement fragilisée qu’encouragée par le discours des professionnels que nous sommes. D’autre part, parce que j’aime à croire qu’encourager le parent à se sentir responsable de son bien-être et de celui de son enfant sans s’en remettre à une autorité extérieure lui rendra service par la suite. J’ai toujours craint d’endosser le rôle de l’énième professionnelle qui donnera des conseils sur la façon de s’y prendre avec leur bébé. Entre les conseils des professionnels de santé, de la famille, des amis, beaucoup d’injonctions et de vérités assénées sont vécus comme une pression, entraînant dès la grossesse parfois une dépossession de leur rôle de parent est une perte de confiance en leurs capacités à être de bons parents pour leurs enfants.

Pour éviter cet écueil, notre rôle sera de donner des informations concrètes sur les rythmes et besoins des bébés de manière générale, de les accompagner dans la découverte et l’observation de leur bébé, de partager des expériences rencontrées par d’autres familles afin qu’ils puissent s’y reconnaître ou s’en inspirer, les soutenir dans la découverte de leur parentalité et leurs sentiments nouvellement rencontrés. L’efficacité des merveilleux outils qui constituent l’IMP sera potentialisé par notre souci de placer les parents au centre du processus. Nous ne pouvons isoler le bébé ou l’enfant dans une « problématique ». Lorsque des parents nous amènent un bébé en séance, le sujet est rarement léger pour eux, émotionnellement parlant. La vie avec un bébé peut être vécu comme un marathon pour les parents, nous pouvons être face à des personnes désemparées, se sentant démunies ou désillusionnés, qui viennent nous voir parfois en dernier recours après un long parcours. La famille est à prendre en compte dans sa globalité, il est tout aussi important que les parents puissent « déposer » leur charge émotionnelle que mobiliser notre savoir faire technique et de partir en quête de ce qu’il faut faire pour aider ce bébé. Bien souvent, quand nous permettons à la parole de se libérer simplement et spontanément, elle a seulement besoin d’être accueillie, entendue, prise en compte, reconnue, ce qui ouvre un espace d’auto-équilibrage pour le bébé. Ce temps d’accueil est le point de départ du processus de responsabilisation des familles, qui prennent conscience que nous sommes pas en mesure de « réparer » leur enfant.

  • Dans quelle direction cette famille veut-elle cheminer ?
  • Que vont-ils mettre en place pour être acteurs de leur parentalité ?
  • Vont-ils se respecter dans leur choix ?
  • Que se sentent-ils en capacité de mettre en place pour accompagner leur bébé ?
  • Peuvent-ils accepter de remettre en cause certaines habitudes et s’ouvrir à de nouvelles compréhensions ?
  • Vont-ils connecter leurs ressources pour soutenir leurs enfants ?
  • Vont-ils accepter de s’appuyer sur notre transmission et celle d’autres familles pour transformer leur quotidien ?
  • Vont-ils aller explorer leurs peurs, leur colère, leurs incompréhensions face à leur bébé ?
  • Vont-ils accepter l’histoire de la naissance de cet enfant ?

Seuls les parents ont toutes ces réponses… Permettons-leur humblement par le biais d’un cadre assez rassurant de pouvoir se poser toutes ces questions et de se mettre en route vers LEURS solutions.

Vous allez certainement vous dire : je ne suis pas formé pour tout cela, les parents viennent me voir pour un bébé qui ne se retourne pas, qui pleure beaucoup, qui est né par césarienne, qui a un torticolis récidivant devant lequel leur ostéopathe est impuissant… Et vous mettez dans ce cas votre cerveau en route pour savoir quel réflexe peut-être en cause ? Évidemment cette question se posera car c’est une partie de notre travail non négligeable et vous proposerez les intégrations adéquates. Mais pour le parent, la richesse de votre accompagnement résidera dans l’exploration de dimensions plus profondes, dans l’accueil que vous réserverez à la partie immergée de l’iceberg, à la prise en compte de leurs besoins fondamentaux. Par ce truchement, leur bébé ira mieux, sans que vous n’ayez parfois rien fait d’un point de vue corporel auprès du bébé directement durant les séances.

Être, plutôt que faire, laisser émerger la créativité des parents, savoir orienter vers d’autres professionnels si nécessaire, être conscient que l’IMP peut apporter un soutien sans pour autant être la seule piste possible, et surtout prendre le temps pour nous équilibrer nous-mêmes (accepter et reconnaître que les histoires des familles peuvent être le miroir d’expériences personnelles pas toujours résolues), voilà quelques clefs pour un accompagnement parents/bébé en IMP respectueux et efficace !

Ludivine Baubry